2012-02-04 Différentes méthodes pour se débarrasser d'un suspect

Publié le par Alain GYRE

Différentes méthodes pour se débarrasser d'un suspect

Jadis, du temps des roitelets et seigneurs territoriaux, il n'est pas très recommandé de se faire un ennemi avoué ou non. Cela peut mettre un innocent dans le même sac que les criminels invétérés et aboutir à la mise à mort selon les méthodes en vigueur. Parmi celles-ci, quatre sont souvent pratiquées et s'appliquent à toute personne suspectée (ou susceptible ) de détenir des « ody » (grigris) puissants et d'en user contre son prochain.
À commencer par le « finomana » (boisson au tanguin): le suspect doit d'abord récupérer une pierre dans une marmite d'eau bouillante où l'on a versé de la poudre de tanguin. S'il se brûle- c'est le cas pour la plupart des suspects- il est coupable et doit boire de cette plante vénéneuse. Le « lel'antsy » est assez semblable. On fait rougir au feu la lame d'un couteau et on l'applique sur la langue du suspect: si elles est boursouflée, il est coupable et donc mis à mort. Évidemment, dans les deux cas si le suspect est vraiment coupable et possède un « ody may » pour le protéger de toute brûlure, il s'en sort blanc comme neige.
Le « rano be voay » consiste à plonger le suspect dans une rivière infestée de crocodiles. Si ceux-ci ne réagissent pas, c'est qu'il est... coupable car (c.q.f.d.) il détient un puissant « ody fanidy » qui « ferme » ces bêtes féroces et les empêche de bouger. Verdict: condamnation à mort. Par le « sosoa mora », on fait ingurgiter au présumé coupable une pleine marmite de riz bouilli au... tanguin. S'il arrive à tout régurgiter, il est jugé innocent. Parfois, ses accusateurs n'acceptent pas ce jugement et lui font boire du tanguin, en cachette des juges-notables et du fokonolona. En fait, rares sont les suspects, coupables ou innocents, qui s'en sortent vivants.
Quand Andrianampoinimerina arrive sur le trône puis réunit et élargit l'Imerina, il met fin à ces « dispersions de méthodes qui prouvent l'anarchie et favorisent l'injustice ». Seul le jugement par le tanguin (direct ou indirect) est maintenu. Les crimes concernés par ce jugement portent sur la détention et l'usage de « ody » puissants: les « ody fangalarana » pour voler, les « fihadim-pasana » pour piller les tombeaux, les « fihadiam-bodirindrina » pour cambrioler,les « fandravalaka » pour semer le désordre, la zizanie, les « kabary tsy misy » pour rendre muet, les « ody fitia » pour rendre fou d'amour (au sens propre du terme), les « mamorika » et « mamosavy » pour tuer.
Plus particulièrement, toute personne suspectée de détenir un « ody tsy matin-tangena » qui la protège des effets mortels du tanguin, ou d'avoir fait un pacte avec une bête féroce (fatidrà amina biby) ou avec un « ody » (fatidra amina ody) est passible de mort immédiate.
Andrianampoinimerina, en organisant son service judiciaire, place au sommet de la hiérarchie en tant que juges royaux, les Zanakan­drianentoarivo. Comme c'est une grande responsabilité- car ils doivent juger en toute équité et sans discrimination- qui mérite compensation, le dixième des biens du coupable leur revient. De quoi susciter bien des tentations auxquelles ils se laissent attirer. Les suspects riches même innocents qui passent devant eux, sont tous déclarés coupables. Face à cette « corruption » qui ternit une si honorable fonction et qui « tue ses gens innocents », Andria­nampoinimerina les destitue et les remplace par Andriamasinavalona qui devront officier dorénavant en présence des « vadintany ».
À certains crimes seulement, on pratique le jugement par le tanguin. D'abord, le « finomam-pitsarana » au niveau des juges royaux contre les sorciers et tout détenteur de « ody » puissants. Ensuite, en cas de conflit entre deux personnes dont les torts respectifs sont difficiles à déterminer, mais là deux chiens servent de cobayes.
Le « alan'andriana adidy » concerne tout un village ayant mauvaise presse ou des gardes seigneuriaux quand un noble a une dent contre l'un ou l'autre, ou quand il meurt de manière suspecte, ou quand un messager royal trouve une mort inexpliquée au cours d'une mission.
Le « tavibe » se déroule durant les deux mois qui précèdent une cérémonie de circoncision dans la famille royale ou des circoncisions communautaires. Dans le « tan-tsamirery » ou « kaikavo », l'accusateur n'est pas le fokonolona mais une personne qui doit payer des dommages-intérêts à sa victime si celle-ci s'avère innocente. Quant au « mandio tena », il se déroule quand il y a suspicion au sein d'une famille, d'un village... Le suspect demande « de l'eau au roi » pour se purifier de la calomnie. S'il s'en sort vivant, il offre un festin au fokonolona.

Pela Ravalitera

Samedi 04 fevrier 2012

Express de Madagascar Notes du passé

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