2012-07-09 Une armée organisée pour conquérir l'île

Publié le par Alain GYRE

Une armée organisée pour conquérir l’Île

si Radama 1er triomphe sans trop de mal des Bezanozano et des Betsileo déjà en partie soumis par son père, il subit un échec sanglant dans la guerre qu’il mène en 1815 contre Ramitraho et les Sakalava du Menabe. « L’armée merina, ou plutôt la cohue dont était accompagné Radama 1er, privée de ravitaillement dans une région que l’ennemi avait ravagé avant de se retirer, fut incapable de combattre un adversaire d’ailleurs insaisis­sable » (Jean Valette, archiviste-paléographe). D’après les « Tantara ny Andriana » qui donnent une description de cette campagne, « il n’y eut pas de perte infligée par l’ennemi, mais l’armée perdit de famine plus d’un tiers de ses effectifs ». Le jeune roi décide alors de réorganiser son armée.
À la même époque, le capitaine Lesage vient à Antananarivo, envoyé par Sir Robert Farquhar, gouverneur de Maurice, pour négocier un traité anglo-merina. Avec autant de prudence que d’habileté, « Farquhar joint à cette mission une escorte de 30 soldats ». Une partie de ces derniers, épargnés par la fièvre, peut se livrer à des exercices devant le souverain. Chapus écrit à ce propos : « Si nous voulons nous faire une idée de la joie que celui-ci dut en éprouver, songeons aux impressions que nous ressentîmes nous-mêmes quand nous vîmes, étant enfants, manœuvrer ou défiler des soldats pour la première fois ». C’est sans doute sa première impression, mais surtout, il pense déjà à ses desseins, être roi de Madagascar, réalisables si son armée est modernisée.
Radama 1er en a quelque mérite car l’adoption de nouvelles attitudes apportées par des Européens, ne peut que choquer son peuple. Ainsi, il prépare ce dernier par une allocution pour expliquer qu’il a besoin d’instructeurs dans sa capitale. Car jusqu’alors, par décision d’Andrianampoinimerina, les Vazaha n’ont pas accès à Antananarivo et doivent s’arrêter à Ambatomanga. Il faut donc lever immédiatement cette interdiction.
Dans son grand Kabary, il expose longuement à ses sujets son plan et les avantages qui en découleront. « Voilà pourquoi je vais faire venir les Européens, je vous le déclare, ô mon peuple, je vais instituer une armée. Ce sont les Vazaha qui instruiront nos soldats et qui en feront les cornes du pays et de l’État. Ils vont nous apporter les canons, les fusils et la poudre, le silex et les balles et c’est cela qui va contribuer à protéger vos femmes et vos enfants, car ils représentent les deux tiers de ma puissance. Voilà précisément ce que je désire employer à me rendre fort ».
Une fois adoptée par le peuple, la réorganisation de l’armée est entreprise aussitôt, quelques semaines après le départ du capitaine Lesage, vers mars-avril 1817. La structure s’inspire du modèle britannique. Cette armée de métier est composée de volontaires servant pendant une longue période et ordonnés autour d’une hiérarchie de grades. C’est l’épine dorsale. D’après les « Tantara », « Laidama créa donc des soldats ; il y en eut 50 au début, puis 100, puis 200, puis 400, puis 1 000 et c’étaient des gens riches ». Les instructeurs sont les deux sergents laissés par Lesage à son départ : James Hastie et un certain Karenine.
C’est avec beaucoup de discernement que le roi décide que le recrutement se fera parmi les classes aisées de la population. En effet, le service militaire devant entraîner des obligations permanentes, sans aucune rétribution (fanompoana ou système de corvée), « il était logique d’y astreindre les gens riches vivant du produit du travail de leurs esclaves ». Cette règle est par la suite oubliée et on rejette sur les couches moins aisées, voire pauvres, de la population « des obligations qui s’étaient révélées dangereuses et pénibles ». Par contre, les esclaves ne sont jamais enrôlés dans l’armée ni soumis à la corvée car ils sont juridiquement considérés beaucoup plus comme des « objets » que comme des « hommes ».
Comme les fonctions militaires ne comportent aucun avantage hormis le partage
du butin, il est évident qu’il faut les rendre honorifiques et « l’uniforme », les tuniques rouges, les galons, les épées devaient y contribuer ». C’est ainsi d’ailleurs que Radama convainc en partie son peuple : « Ce ne sont pas seulement les fusils et les canons qu’on amènera chez nous, mais toutes les belles nouveautés, tous les beaux vêtements rouges qu’ils nous ont montrés, et les beaux vêtements noirs, les galons, les beaux sabres qu’on porte si bien en Europe, et je vous le déclare, ô mon peuple, c’est cela qui va embellir notre pays ».

Pela Ravalitera

Lundi 09 juillet 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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