2013-04-05 L’avenir industriel malgache vu en 1945

Publié le par Alain GYRE

L’avenir industriel malgache vu en 1945

On industrialise un « pays neuf » par l’emploi de tracteurs agricoles et l’installation d’un moteur électrique de moyenne puissance pour entraîner un petit atelier. C’est ainsi que l’ingénieur en chef des Travaux publics E. Crouzet voit, en 1945, l’avenir industriel de Madagascar. Il annonce aussi que l’industrialisation d’un « pays neuf » doit résolument l’engager dans la valorisation de ses ressources. « L’équipement ainsi réalisé deviendra une création continue et progressive toujours orientée vers la réalisation d’une économie complémentaire de celle des pays avec lesquels sont faits les échanges les plus importants » c’est-à-dire à l’époque, la Métropole et les Territoires d’Outre-mer (TOM).
Bien avant la Seconde guerre mondiale, comme tout TOM, Madagascar dépasse le stade de simple fournisseur de matières premières et de simple importateur de produits manufacturés. On s’attelle alors à certaines infrastructures, réduites toutefois. Celles-ci favorisent d’abord les transports intérieurs, problème ardu du fait du relief tourmenté qui rend difficile l’ouverture des voies de communication et les grève d’un lourd entretien. Ensuite, les installations pour améliorer l’hygiène et le confort (des colons) : centrales électriques, usines élévatoires d’eau et… fabriques de glace. Enfin, les industries mécaniques locales pour l’entretien sur place des matériels en service. Sur ce point, E. Crouzet souligne que Madagascar fait preuve d’un manque de vision en n’installant pas, au bassin de radoub d’Antsiranana, un atelier de réparation suffisant. Ceci « pour permettre de gros travaux sur les navires à flot ou en cale et par conséquent, pour attirer par sa seule présence la navigation vers une île déjà située hors des grands courants mondiaux ».
Des industries de conditionnement et de première transformation se créent tant pour la consommation locale que pour l’exportation.
Madagascar est allé loin dans cette voie avec ses rizeries, scieries et usines de conserves, féculeries de manioc, sucreries, huileries et savonneries, défibrage de sisal… En tout cas, la politique industrielle est et restera la même : elle ménage les intérêts des producteurs d’objets manufacturés métropolitains, permet de livrer sur le marché français des produits dont la matière première est transformée, et fait tendre vers un équilibre en poids de la balance des frets.
E. Crouzet propose deux schémas pour réaliser cette politique « très simple et très claire ». Le premier est de résoudre le problème de cet équilibre en ajoutant à l’importation, des marchandises lourdes de faible valeur comme les hydrocarbures, la houille, le ciment, les matériaux de construction. Cela représente pourtant deux inconvénients. Primo, ce schéma supporte mal le fret d’importation de ces matériaux, aussi y a-t-il intérêt à les produire aussi près que possible du lieu d’emploi. En outre, il mettra l’île en état de dépendance absolue de la situation internationale. D’où le deuxième schéma qui envisage une industrialisation plus poussée. « Sans tendre vers l’autarcie », car deux raisons s’opposent à « la généralisation de la substitution des produits locaux aux produits importés ». D’une part, les difficultés et le revient des transports intérieurs « réduisent le débouché des fabrications locales » ; d’autre part, pour celles-ci, les produits livrés au commerce atteignent « une complexité » telle que l’industrie correspondante doit être proche des grands centres de consommation pour produire en quantités rentables.
E. Crouzet cite d’autres raisons aussi importantes, notamment la complémentarité exigée après la guerre entre les économies de la France et de ses TOM, et le maintien des grandes industries métropolitaines d’exportation et de leurs débouchés coloniaux. En outre, orienter un trop grand nombre de Malgaches vers les usines « n’est pas opportun » car cela risque de « contrarier leur vocation agricole ». Enfin, il faut éviter le coût d’une industrialisation trop poussée « étant donné les frais généraux et la nécessité d’un suréquipement » dû à l’éloignement, l’usure rapide du matériel à cause du climat, la nécessité d’avoir le combustible et l’énergie nécessaires…

Pela Ravalitera

Vendredi 05 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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