2013-07-16 Différentes portes fortifiées dans les villages d’Ambohimarina

Publié le par Alain GYRE

Différentes portes fortifiées dans les villages d’Ambohimarina

 

Pour se protéger des voisins belliqueux et d’éventuels envahisseurs, les habitants de l’Imerina central creusent souvent des fossés, simples ou complexes, autour de leurs villages. Ces fortifications défensives sont, en général, interrompues par un ou plusieurs entrées du village.

Dans bon nombre de cas, des portes de pierres en ferment l’entrée. En 1969, Raymond Arnaud (Asso­ciation malgache d’archéologie) se penche sur l’étude des types de portes pour établir une chronologie des sites d’habitat défensif.

« Dans cette perspective, on peut distinguer, vestiges intacts du passé imérinien, trois types de portes retrouvées sur le chaînon d’Ambohimarina, au nord d’Ivato. »

Les villages qui se nichent sur ces hauteurs- Antanambe à l’ouest, Ambohimasina au centre, Ambohitriniarivo à l’est- tous entourés de plusieurs lignes de fossés, remontent au moins au XVIIe siècle.

« Perchés à près de 200 mètres au-dessus de la plaine, ils jouissaient d’une position défensive éminemment favorable. »

Après avoir soumis Analamanga, vers 1620, Andrianjaka fixe Andriantsiman­dafikarivo, l’un des fils d’Andriampirokana, souverain antehiroka d’Antana­narivo vaincu, à Ambohitriniarivo. « Il est fort possible que les Antehiroka, qui seraient les descendants des plus anciens souverains vazimba du pays, aient occupé cette région bien avant cette époque. »

Raymond Arnaud distingue plusieurs types d’entrée. À commencer par la porte naturelle formée de deux blocs de granite, hauts de 3 mètres au moins et distants de 80 centimètres à un mètre.

Ce passage obligatoire se ferme facilement à l’aide d’une grosse pierre. C’est le cas pour la porte située au sud-est d’Ambohitriniarivo et pour l’entrée ouest d’Ambohimasina. Ces portes naturelles sont surmontées de dalles de pierres qui servent de chemin de ronde.

L’accès sud-est du village d’Ambohi­masina, qui regroupe encore quelques cases (en 1969), s’effectue par une porte de type plus élaboré. L’entrée est délimitée par des pierres entassées en deux piliers, l’un plus large que l’autre. Ils sont distants d’un mètre.

« Ils se prolongent en profondeur le long du passage sur plus de 4 mètres. Une grande dalle large d’un mètre repose sur les deux murs, couvrant le couloir en son milieu. La hauteur de l’ouverture sous la pierre plate, permet le passage d’un adulte debout. »

Le troisième type de porte, exemplaire unique sur le chaînon d’Ambohimarina, est la porte à disque du petit site à un fossé d’Ambohimanoro, à l’ouest d’Ambohi­masina.

Le disque de pierre, d’un diamètre de 2m20, est roulé entre deux pierres levées de 2 mètres de haut du côté extérieur et trois plus petites de 1m20 chacune du côté intérieur du village.

L’ouverture de la porte entre les deux grands

« Tsangambato » est de 85 centimètres. « Phénomène étrange, cette fermeture à disque ne se trouve pas au niveau du fossé, mais en retrait de 2 mètres par rapport à une porte qui, elle, borde le fossé. »

L’architecture des trois portes n’est pas uniforme.

« Les nécessités de la défense, le retour à la sécurité, l’importance du peuplement, l’évolution des techniques expliquent ces différences. Il n’en demeure pas moins que définir l’âge de ces vestiges n’est pas aisé. »

Sous le règne d’Andrianampoinimerina, Ambohi­marina et Ambohitriniarivo, chefs-lieux des Antehiroka, sont de gros villages bien fortifiés et le roi de l’Imerina a du mal à s’en emparer (« Tantara ny Andriana eto Madagascar » du RP Callet). « Rien ne prouve pourtant que les trois types de portes étaient alors déjà en place. »

Des suppositions sont alors faites par Raymond Arnaud: les habitants des villages à fortifier utilisent des portes naturelles quand les blocs de granite sont bien disposés. Sinon, ils entassent des pierres en forme de pilier. Dans les deux cas, ils recouvrent le passage d’une ou de plusieurs dalles de pierres.

« La fermeture à disque qui témoigne d’une certaine maîtrise du travail de la pierre, mise au point sans doute assez tard, est le type de constru­ction le plus récent. »

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 16 juillet 2013

Publié dans Notes du passé

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