2013-07-22 Des dissentiments religieux qui dégénèrent

Publié le par Alain GYRE

Des dissentiments religieux qui dégénèrent

 

Par Pela Ravalitera

 

Pronis, premier gouverneur du Fort Dauphin, a la réputation d’un fonctionnaire parfaitement intègre et désintéressé. En revanche, il fait peser sur tout son personnel, tant fonctionnaires que colons et soldats, une discipline tyrannique et presque inhumaine. Urbain-Faurec essaie d’expliquer cette attitude.

« Pronis était huguenot et la majeure partie de ses administrés étaient papistes. » Or, tout au long du siècle précédent, la France est ravagée et en sang à cause d’une suite de guerres de religion, et « les passions qu’elles avaient déchainées étaient loin d’être apaisées ».

Pourtant, contrairement à cette sévérité envers ses compatriotes, il montre beaucoup de tolérance et de compréhension envers les autochtones. 

Il innove même, dans la Grande île, « une politique matrimoniale- qui fit ses preuves et fut fréquemment suivie au cours des siècles dans d’autres colonies- en épousant officiellement et solennellement une fille du pays ». 

Son choix se porte sur « Andrian-Ravelo », jeune femme de noble souche, fille du grand chef « Andrian-Marval » issu de la noble race des Zafindraminia, « d’origine arabe (…) dont les ancêtres étaient venus à Madagascar dès le 

XIe siècle, après la chute de la domination fatimite sur la Syrie, l’Egypte et toute l’Afrique du Nord ».

Toutefois, les hommes de Pronis, loin de suivre son exemple, trouvent dans cette union, un autre prétexte pour le critiquer. 

« Ils ne voulaient voir dans cette femme du pays habillée à la française et que Pronis tenait pour sa femme, autre chose qu’une concubine locale. » De quoi contrarier le nouveau marié, fier de son épouse !

Il y a d’autres raisons, beaucoup plus graves, de le critiquer. Une série de mauvais temps et d’ouragans survenue fin 1645, ravage les récoltes et les plantations. Le gouverneur du Fort impose, de ce fait, de sévères restrictions alimentaires, mal acceptées. 

De surcroît, devant la disette qui menace toute la contrée, il accueille au Fort toute la famille de sa femme qu’il nourrit avec les rations déjà réduites de la garnison.

En outre, à une requête très logique de son personnel qui s’inquiète de voir les réserves absorbées par l’innombrable parenté de Ravelo, « l’irascible gouverneur répondit par la menace de son pistolet ».

« Pis encore, tandis qu’il conservait dans l’inaction la horde des esclaves de son beau-père réfugiée dans le Fort, Pronis imposait les travaux de la terre et les soins des cultures à ses soldats et à ses colons qui pensaient, cependant, n’être venus à Madagascar que pour les profits de la guerre ou du négoce. »

Faut-il alors s’étonner si, bientôt, toute la Colonie se révolte ouvertement contre son chef qui, jugé et destitué, est jeté fers aux pieds, dans une sombre geôle ? Il y demeure cinq mois et il y serait sans doute resté plus longtemps si le 26 juillet 1646, le capitaine Le Bourg, commandant du « Saint-Laurent », n’arrive à point nommé.

À peine débarqué, il apprend les évènements qui viennent de troubler la vie de la Colonie. Pour mettre Pronis hors d’atteinte des mutins,  Le Bourg obtient qu’il lui soit livré. Et arguant de son grade qui fait de lui le responsable de la Compagnie française de l’Orient à Madagascar, il convoque les chefs de la rébellion pour entendre leurs griefs. Pendant tout le temps que durent les tractations, il place la petite ville sous la menace des canons du « Saint-Laurent ».

Lorsqu’il est convaincu qu’il s’agit, pour une bonne part, de dissentiments religieux, il ne songe qu’aux intérêts de la Compagnie. Il n’hésite pas à remettre Pronis à la tête de la Colonie.

Néanmoins, auparavant, Le Bourg prend la précaution d’expédier un certain nombre de mutins en pays mahafaly avec mission d’y ouvrir un nouveau comptoir. 

D’ailleurs, à quelque temps de là, les révoltés reviennent menacer l’ordre dans la petite ville et Pronis en fait arrêter douze parmi les meneurs.

« Il les condamna à être déportés à Bourbon, où Le Bourg les abandonna nus et sans ressources sur une place déserte. »

 

 

Lundi 22 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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