2013-07-31 La guerre des mers pour s’emparer des terres neuves

Publié le par Alain GYRE

La guerre des mers pour s’emparer des terres neuves

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les marines européen­nes comprennent une grande variété de voiliers, dont les plus grands jaugent de 300 à 400 tonneaux. Les vaisseaux qui prennent la route de l’océan Indien, touchent d’ordinaire aux îles Canaries, puis au cap Vert (Dakar) et vont ensuite prendre le vent jusque dans les parages du Brésil

« pour tracer un immense arc de cercle à travers le Sud-Atlantique et doubler le cap de Bonne-Espérance » (RP

A. Engelvin).

Certains n’y parviennent pas. D’autres sont portés jusqu’aux banquises glaciaires échappées du pôle sud.

« Les plus heureux atteignaient Madagascar après une rude course de cinq à six mois et arrivaient les voiles effrangées par les tempêtes et les équipages décimés par le scorbut. »

Au départ de France, « elles étaient belles les escadres ». Richelieu et Colbert les font sortir du Havre, de Lorient et de Toulon : « Noms olympiques, pavillons fleurdelisés et carènes sculptées portant à l’entour du blason royal la devise prometteuse (en latin) : Partout où j’irais, je fleurirais. »

D’intrépides amiraux promènent ces escadres sur toutes les plages nouvellement découvertes des Indes occidentales (Amérique), des Indes orientales, des îles océaniennes et de la Chine. Au cours de ces croisières dirigées par Tourville, Forbin, Canard, Duguay-Trouin, de La Haye, Mahé de la Bourdonnais…, les marins français découvrent de nouvelles terres.

Il leur arrive aussi de rencontrer « par hasard » les vaisseaux du Portugal, « maître de la mer orientale », qui n’admettent pas de concurrents ; ceux de la Hollande, les « rouliers de la mer » qui accaparent les plus fines épices selon le droit du plus fort ; ceux de l’Angle­terre dont « l’étoile monte à l’horizon »; enfin ceux des corsaires, « écumeurs de la mer, toujours prêts à courir l’aventure, à attaquer les riches vaisseaux de commerce suffisamment munis de ces vieilles bombardes qui portait l’altière inscription (en latin) : le droit suprême des rois ! »

C’est dans cette atmosphère d’intense concurrence commerciale et à travers les tempêtes et les coups de canons que la Compagnie de l’Orient puis celle des Indes orientales entreprennent de faire de Fort-Dauphin la base d’un comptoir pour recueillir les produits de ce pays

« que l’on croyait riche en métaux précieux».

C’est aussi un lieu de relâche bien situé pour faire

« rafraîchir » les vaisseaux qui viennent de tourner l’Afrique et comptent entreprendre une longue randonnée sur les côtes des Indes, de Ceylan, de Sumatra, de Java…

« Le Roi Très-Chrétien de France ne pouvait faire moins que le Roi Très-Catholique d’Espagne et le Roi Très-Apostolique du Portugal, lesquels s’étaient jadis adjugés le monopole de la découverte des terres neuves et de l’évangélisation de leurs habitants. »

Ainsi, en 1721 la Flotte française occupe l’île de France (île Maurice depuis 1810) et une grande croix est érigée sur un rocher de la plage. Il porte au-dessus de l’écusson royal, une inscription (en latin : « Ne t’étonne pas de voir les lys fixés sur la tête de la croix bénie : la France ordonne que la croix se dresse ici. »

Mais comme le précise le RP Engelvin, « il n’en est pas moins vrai que ces expéditions faites par les Compagnies commerciales, eurent bien plus souvent en vue l’Eldorado terrestre que la Jéru­salem céleste ».

Néanmoins, les missionnaires sont transportés gratuitement et entretenus dans les missions aux frais des entreprises ou de l’État. Car Richelieu puis Colbert imposent aux directeurs de ces Compagnies de navigation de prendre à bord de leurs vaisseaux des religieux « comme aumôniers de l’équipage et comme missionnaires des indigènes chez lesquels on allait trafiquer ».

Vincent de Paul qui fonde en 1625 la Congrégation de la Mission pour prêcher en France, est sollicité en 1647 par les directeurs de la Compagnie de l’Orient et le Nonce du Pape à Paris. Ils lui demandent d’envoyer des missionnaires à Madagascar.

Il en est très étonné et voici ce qu’il en dit : « Nous n’y avions jamais pensé ! Mais comme c’est le désir du Pape et qu’il a pleine autorité d’envoyer ad gentes tout prêtre catholique, nous avons accepté ce nouveau champ d’apostolat. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 31 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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