2013-08-20 L’origine des Andriana selon Alfred Grandidier

Publié le par Alain GYRE

L’origine des Andriana selon Alfred Grandidier

En travaillant sur les informations recueillies dans les traditions orales et lues dans les récits de divers auteurs, Alfred Grandidier étudie la naissance de la dynastie des Andriana en Imerina. Pour lui, ce ne peut avoir lieu plus tard que 1590 avec l’avènement d’Andria­manelo. L’avènement de cette dynastie et le nouvel Etat constituent « un évènement historique de taille ». Andriamanelo introduit l’utilisation du fer destiné à fabriquer des armes supérieures et construire des fortifications, ce qui jusqu’alors est « complètement inconnu des indigènes Vazimba ».
Guillaume Grandidier fait cependant remarquer quelques années plus tard que bien qu’Andriamanelo soit, « sans aucun doute », à l’origine de la dynastie Andriana, son avènement peut s’être tenu un demi-siècle plus tôt, « le temps chronologique étant inconnu en Imerina avant l’arrivée des missionnaires anglais durant les années 1620 ». Le fils Grandidier découvre également des raisons qui expliquent le succès des Andriana: l’intelligence et la sagacité,
« qualités inhérentes à la race jaune à laquelle ils appartenaient » et qui introduisent l’art de la divination (sikidy), la cérémonie du bain royal (Fandroana) qui deviendra une institution nationale « unissant la monarchie au peuple,
l’astrologie et la circoncision ».
Selon Raymond Kent (Bulletin de Madagascar, juin-juillet 1969), prises séparément ces particularités culturelles constituent « une importante innovation ». Ensemble comme un complexe culturel, elles représentent « un changement drastique et social, économique, militaire, religieux et politique dû à un seul chef ». Et d’indiquer qu’un tel complexe ne peut que provenir de l’extérieur de Madagascar. Alfred Grandidier explique ainsi que les Andriana sont des « Javanais de race pure », arrivés récemment et parvenant au Centre des Hauts-plateaux en provenance de la côte. Ils se mélangent à ceux qui sont venus avant eux,
« les Vazimba et les Hova » et leur imposent leur civilisation et leur souveraineté.
De l’ensemble de son œuvre, émerge une théorie qui argumente cette affirmation, la
« théorie des points de débarquement », simplifie Raymond Kent. L’Ouest de Madagascar fait face à l’Afrique, l’Est à l’Asie. Les Africains ne sont point des marins, n’ont pas bateaux capables de tenir la haute mer et n’ont jamais colonisé volontairement des pays d’Outre-mer. « L’élément africain à Madagascar apparut par truchement du trafic d’esclaves et les esclaves ne fondent ni des Etats ni des dynasties! »
Alfred Grandidier se réfère aussi à deux récits portugais contenus dans le « Da Asia » de Diego do Couto. Il s’agit de celui de Balthazar Lobo de Souza qui visite Madagascar en 1557 et celui de Luis Fernandez de Vasconcellos, dont le bateau fait naufrage sur la côte de Madagascar en 1559.
Raymond Kent soulève toutefois quelques problèmes. D’une part, le récit de Souza s’applique uniquement au Nord-est de Madagascar qu’il explore personnellement, et non entre Matitanana et Mahanoro, région d’épaves comme le mentionne Alfred Grandidier. D’autre part, de Vasconcellos n’a jamais débarqué sur un quelconque rivage malgache. Au contraire, « il contourna son littoral Est et Sud, acquérant des provisions des Malgaches qui se rendaient à son fusta pour faire du négoce ». Plus tard (entre 1602 et 1616), Do Couto fait ressortir qu’à certaine époque, « cette île fut conquise par les Javanais et que la population de son littoral est composée d’un croisement entre les Javanais et les premiers habitants ». Sans
mentionner Matitanana ou Mahanoro, Do Couto ajoute que « nos compatriotes avaient découvert dans quelques baies des individus qui leur semblaient être Javanais, d’où ils conclurent que la côte Est était habitée par des Javanais, dont la population locale parle la langue ».
Raymond Kent termine en parlant de l’existence d’armes en fer dans le Sud et le Nord-est depuis au moins le XIIe-XIIIe siècles. Il signale aussi que Savaron fait état d’une introduction graduelle du matériel en fer pendant la période vazimba et certainement avant Andriamanelo. Il se demande enfin comment les « Javanais de race pure » peuvent introduire en Imerina le « sikidy », l’astrologie et un calendrier rempli de termes arabes.

Pela Ravalitera

Mardi 20 août 2013

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

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