2013-08-24 Le calvaire des premiers missionnaires de Fort-Dauphin

Publié le par Alain GYRE

Le calvaire des premiers missionnaires de Fort-Dauphin

 

Vincent de Paul fonde en 1625 la Congrégation de la Mission pour prêcher dans les campagnes françaises. Mais quelques années plus tard, Richelieu puis Colbert imposent aux directeurs des Compagnies de navigation de prendre à bord de leurs vaisseaux des religieux comme aumôniers de l’équipage et comme missionnaires des habitants des pays où ils vont faire des négoces. C’est ainsi qu’en 1647, les directeurs de la Compagnie de l’Orient et le nonce apostolique à Paris le sollicitent qu’il envoie des prêtres à Madagascar.

Les premiers envoyés par Saint Vincent de Paul à Fort-Dauphin, les pères Nacquart et Gondrée, s’embarquent à la Rochelle le 28 mai 1648, et touchent terre à Fort-Dauphin le 4 décembre, après six mois de voyage « et dans quelles conditions inconfortables », précise le R.P. Engelvin avant de commenter: « Ils ne trouvèrent point la Terre promise où coulaient le lait et le miel, comme en la terre de Canaan. Ce n’est pas que ces deux facteurs de félicité manquassent : à quelques kilomètres de Fort-Dauphin, une région fertile et boisée s’appelle précisément Manantantely, qui a du miel. Quant au lait, les troupeaux bovins étaient assez nombreux pour leur en fournir à satiété. »

Leur première impression est résumée par le père Nacquart qui décrit ses compatriotes. « Ce sont gens ramassés çà et là; libertins qui sont envoyés la plupart en ce pays par leurs parents qui n’en savent que faire, ou y sont venus par débauche ou curiosité. Se voyant trompés dans leurs espérances, ils ne font que maudire l’heure d’y être venus; et encore, quand leur temps est achevé, il faut demeurer encore autant, faute qu’il ne vient pas de navire les retirer, comme on le leur avait promis. Je vous laisse à penser quelle vie en ce désespoir, en un pays où il y a si grande facilité de se laisser aller à la corruption de la nature. »

Les difficultés des missionnaires commencent alors. Car ces hommes désespérés réagissent chacun à sa manière. Vacher de la Case, pourtant très énergique, s’enfuit dans l’Ambolo où il épouse la fille du roi. Il en devient tantôt une menace, tantôt une aide pour les gouverneurs de la Colonie. Un lieutenant de Pronis, Leroy fuit également mais avec 22 compagnons, jusque sur la côte Ouest, à Saint-Augustin. Ils espèrent y trouver un navire qui les ramènera en France. D’autres- et ils sont nombreux- « lâchés dans le pays comme des fauves »- foncent sur tous ceux qui s’opposent à eux.

Nacquart et Gondrée sont les aumôniers de cette colonie de « gens qui ne paient que d’ingratitude et de calomnie ». Ils tentent alors d’orienter leur « zèle apostolique » vers les populations locales. Et encore, Flacourt ne le leur permet que lorsque Nacquart s’apprête à embarquer pour aller rendre compte en France. Malheureuse­ment, ils sont vite épuisés de courir de village en village, sans nourriture adaptée suffisante et sans remèdes dans un pays qui suinte la fièvre.

À bout de force, le père Gondrée meurt de fatigue et de fièvre le

16 mai 1649, au retour d’un voyage à Fanjahira. Nacquart le suit « dans la mission du ciel » un an plus tard, le 29 mai 1650. En moins de deux ans de présence à Fort-Dauphin, il a baptisé 77 autochtones, traduit en malgache un petit catéchisme et les principales prières.

Flacourt lui rendra ce témoignage: « Feu M. Nacquart, se voyant seul, se laissa emporter à son zèle et hasarda sa vie pour convertir ces pauvres insulaires… C’était un homme de bon esprit, zélé pour la religion et qui vivait exemplairement bien et a été de nous fort regretté. »

Fort-Dauphin devra rester quatre ans sans prêtre. Flacourt gouvernera la Colonie avec plus de sagesse que Pronis, par intérêt car il est membre participant de la Société de l’Orient. Pourtant, s’il fait revenir les fugitifs de Saint-Augustin et les déportés de Bourbon, il supporte mal l’hostilité qui couve dans le cœur des Malgaches et la force d’inertie qu’opposent les roitelets à ses ordres. Aussi pour vivre et exporter, la Colonie doit-elle recourir aux guerres et aux razzias qui s’ensuivent. « Les apôtres de la paix vinrent encore une fois brandir inutilement les palmes d’olivier entre les camps français et malgache. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 24 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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