2013-12-19 Notes du passé: Plusieurs façons d’exprimer le nationalisme malgache

Publié le par Alain GYRE

 

Plusieurs façons d’exprimer le nationalisme malgache

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En 1968 comme aujourd’hui, l’activité politique dans la capitale malgache est plus intense que dans le reste du pays. Et à Antanana­rivo, face au gouvernement issu du parti majoritaire, le Parti social démocrate (PSD), existe une majorité d’opposants qui suit les directives électorales du Parti du congrès de l’Indépendance de Madagascar (AKFM).

D’après le Pr Lejamble de la Faculté de droit et des sciences économiques d’Antana­narivo (1967), repris par Gerald Donque de la Faculté des Lettres et des sciences humaines, la complexité de la société tananarivienne n’empêche pas, bien avant l’Indépendance, l’apparition d’un nationalisme malgache qui s’exprime de plusieurs façons. Et ce, bien que des catégories socio-économiques modernes s’y superposent.

Les premières manifestations de ce nationalisme remontent en 1929 avec la manifestation du 29 mai. Elles se poursuivent avec la création du Vy-Vato-Sakelika (VVS, Fer-pierre-ramification). Et enfin, au moment de l’insurrection de 1947. Le Mouvement de la rénovation de Madagascar (MDRM) en est, dans les premières années qui suivent la Seconde guerre mondiale, « l’expression politique la plus active ».

Pour contrer ce parti, l’Administration coloniale « avait aidé à la création du Padesm, parti des déshérités malgaches ». Cependant, en 1955, divers partis nationalistes fusionnent durant le congrès de Toamasina pour fonder l’AKFM,« dirigé en partie par des leaders d’obédience marxiste ». De l’autre côté, « le Padesm se muait d’une manière complexe en PSD, en absorbant d’autres formations politiques ». C’est ainsi que naissent les deux forces qui, en 1968, « se partagent les sentiments de la population tananarivienne ».

Dans la capitale, l’AKFM constitue 55% du corps électoral et se veut « un parti d’opposition moderne et constructive, écartant tout racisme entre les ethnies et toute xénophobie ». Le Parti du congrès affiche son hostilité au capitalisme et à l’emprise économique étrangère et se réclame « d’un socialisme malgache d’inspiration marxiste-léniniste ».

En face, le PSD est fortement structuré, dirigé d’Antananarivo par un comité fédéral siégeant dans un vaste immeuble moderne. Mais « une certaine confusion existe entre l’État et le parti au niveau des structures et des moyens ». Les grands dignitaires de l’Etat sont les dirigeants du parti et « bien des manifestations de celui-ci, telles la Kermesse du 1er mai, bénéficiaient de l’aide officielle de l’Armée et de l’Administration ».

Et d’après le Pr Lejamble, contrairement à la plupart des grandes villes, à Antananarivo persistent quelques petits partis qui « apparaissent essentiellement comme des alliés ou des adversaires des deux grands ».

Il précise que partis et tendances politiques possèdent comme principal moyen d’action et de propagande une presse nombreuse et diversifiée. Ainsi, l’opposition dispose de trois grands quotidiens (25 000 exemplaires en tout), d’un bihebdomadaire satirique (10 000 exemplaires) et de trois hebdomadaires (11 000 exemplaires en tout) de tendance AKFM ; d’un quotidien (11 000 exemplaires) et de trois hebdomadaires de tendance catholiques pratiquant une opposition nuancée ; enfin de trois hebdomadaires relevant de tendances indépendantes.

« La faiblesse des tirages, l’exiguïté des surfaces imprimées, la mauvaise qualité de l’impression montrent assez qu’il s’agit d’une presse pauvre, aux moyens financiers limités, mais par là, indépendante de toute puissance d’argent. »

En revanche, la presse gouvernementale et pro-gouvernementale comporte une presse d’État représentée par un quotidien (tirage :

4 800) et par deux hebdomadaires ; une presse du parti : deux quotidiens (24 000 exemplaires en tout) et trois hebdomadaires ; et d’une presse indépendante très favorable au gouvernement dont le seul quotidien en langue française de Madagascar, le « Courrier de Madagascar» (18 000 exemplaires).

« Plus riche, mieux faite, cette presse dispose d’une audience de lecture plus large que la presse d’opposition, ce qui ne signifie pas forcément une influence plus grande. »

Enfin, « le parti au pouvoir dispose d’une arme importante, la radio et la télévision nationales. »

 

Pela Ravalitera

Jeudi 19 decembre 2013

L’Express

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