2014-01-08 Notes du passé: Un taux élevé de gaspillage dans l’enseignement

Publié le par Alain GYRE

Un taux élevé de gaspillage dans l’enseignement

Que faire pour que l’Administration (d’un pays en voie de développement) soit efficace pour seconder le développement économique ? Question sensible à laquelle une étude de Jean Baptiste de la Salle Andriamanana en 1966 s’efforce de répondre. Il évoque pour ce faire plusieurs points, notamment les ressources humaines, en commençant par la démographie scolaire.

Au niveau de l’enseignement primaire et secondaire, le taux de déperdition et de réussite aux diplômes ont une constance relative, « mais les difficultés surgissent dès qu’on aborde l’enseignement supérieur, l’enseignement technique, la formation et le perfectionnement professionnels ».

Durant les années suivant l’indépendance, dans un pays  en voie de développement comme Madagascar, on constate dans l’enseignement primaire  que la progression quantitative est souvent forte, mais que la déperdition enregistrée est grande. En outre, le niveau des enseignants y est très faible, « un grand nombre d’entre eux n’ayant le plus souvent qu’un degré d’instruction variant entre le CEPE et le BEPC ».

Dans l’enseignement du second degré, il est également constaté une diminution constante du nombre des élèves de la classe de septième à la troisième, diminution qui va en s’accroissant.

Quant à l’enseignement supérieur, « il est souvent gêné par l’insuffisante adaptation des programmes et la faiblesse de la pyramide, d’où un éventail peu élargi ne permettant pas un choix aisé des meilleurs éléments ».

Un tel enseignement coûte cher. Selon le langage des économistes, « le taux de gaspillage est élevé par suite de la faiblesse de la qualification des enseignants, de l’absentéisme scolaire, des déperditions et des coûts élevés des constructions et des matériels pédagogiques ». 

Jean Baptiste de la Salle Andriamanana explique que l’enseignement en tant qu’investissement doit, pour être rentable, présenter deux caractéristiques : avoir un prix de revient peu élevé et être organisé de telle façon que sa production en élèves formés alimente correctement le marché du travail. « Cependant, le nombre d’emplois utiles étant limité, l’entrée en secondaire et notamment celle au supérieur le sont également. »

En outre, il spécifie que la planification de la formation intéresse la Fonction publique à deux points de vue, d’abord « la qualité de fonctionnaires des enseignants », ensuite la scolarité qui est « source des fonctionnaires non enseignants ». Dans les années 1960, le nombre d’enseignants du primaire nécessaires peut absorber la presque totalité des titulaires du BEPC, ce qui prive- du moins théoriquement- les autres secteurs de la Fonction publique de cadres moyens.

C’est la théorie effectivement, car en réalité, à l’époque ils ne se destinent pas tous à l’enseignement primaire et poursuivent des études secondaires et supérieures au détriment de la Fonction publique qui a besoin de cadres moyens pour étoffer son personnel.

Ainsi, pour déterminer les besoins réels de la Fonction publique en ressources humaines qui sont inférieures aux besoins, la planification est nécessaire pour relever d’une façon globale l’insuffisance d’agents nécessaires, en qualité et en quantité, ressentie par chaque service. 

Elle constate aussi des contradictions dans les espoirs d’un renfort à moyen terme : « On espère bénéficier de l’apport d’un nombre déterminé de brevetés et de bacheliers, mais ce nombre dépasse de loin celui qui existera réellement à la date prévue. »

Jean Baptiste de la Salle Andriamanana indique que l’enseignement primaire et complémentaire de l’époque, peut à lui seul, occuper ses propres produits si tous les brevetés deviennent instituteurs. 

En revanche, la pénurie en cadres moyens est notoire et  l’est davantage avec les besoins nés du développement économique et social. 

« Pour répondre à ce développement, les cadres supérieurs doivent être nombreux et encore plus pour relayer l’assistance technique. » Mais selon le chercheur, une telle hypothèse ne peut postuler un nombre illimité d’assistants techniques dans les années à venir : « Trop de raisons s’y opposent, notam­ment le coût de cette assistance tant par le prêteur que l’emprunteur, ainsi que le poids de l’opinion publique. »

 

Pela Ravalitera

Mercredi 08 janvier 2014

L’Express

Publié dans Notes du passé

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