2014-03-07 La grande admiration de Legentil pour les piroguiers

Publié le par Alain GYRE

La grande admiration de Legentil pour les piroguiers

 

07.03.2014

Notes du passé

 

 

Et si nous parlons

 des embarcations locales  Dans son manuscrit intitulé le

 « Grand dictionnaire de Madagascar», Barthélémy Huet de Froberville aborde à la lettre L pour « lakana », les différents canots, barques, pirogues d’une seule pièce ou en planches. Et ce, en citant différents auteurs.

 Tel Legentil : « Les Madécasses n’ont point de marine ; semblables à tous les peuples des îles de la mer de l’Inde, qui n’ont que des pirogues ou des bateaux, ils ne s’écartent jamais de la terre à perdre la côte de vue. Toute la navigation des Madécasses se borne donc à aller le long de la côte et dans les rivières. Ils mettent à terre tous les soirs, et lorsque le mauvais temps les surprend en mer, ils hâlent leurs pirogues au plein et se réfugient où ils peuvent. »

 Legentil poursuit en parlant des difficultés rencontrées par les pêcheurs qui s’embarquent dans une pirogue qui « fait de l’eau », sans apporter de quoi l’écoper.

 « Lorsque la pirogue se remplit trop, ils ont la constance de mettre à terre, de la décharger si elle porte quelque chose, et de la vider. » Après quoi, ils la rechargent et repartent.

 L’auteur évoque le grand risque encouru par les piroguiers. Un grain de rafales, dit-il, n’est pas capable de « leur faire filer les écoutes » installées généralement au milieu d’un des bancs de l’embarcation. Pour faire chavirer celle-ci, il faut trois choses : « que la pirogue supporte la voilure, qu’elle sombre dessous, ou que l’écoute casse.» Dans ce cas, le pêcheur risque de mourir.

 Mais en général, ajoute l’auteur, si une embarcation chavire, les piroguiers ne sont pas dans l’embarras. Sachant tous très bien nager, ils peuvent se soutenir dans l’eau et redresser la pirogue « qui ne se redresse qu’en embarquant beaucoup d’eau ». « Pour la vider, ils se renvoient leur bâtiment bout à bout. Les balancements que cette manœuvre communique à la pirogue, font que l’eau s’échappe alternativement par l’un et l’autre bout. Lorsqu’ils ont mis ainsi la plus grande partie de l’eau dehors, ils se rembarquent et achèvent de la vider avec leurs mains ou avec la pagaie. »

 À préciser que très peu de pirogues se voient à Foulpointe, dont la plupart viennent de la baie d’Antongil où la population en possède beaucoup. Car elle commerce beaucoup jusqu’à Toa­masina. Il faut aussi ajouter que la baie d’Antongil abonde en bois de toute beauté. À l’époque, ce commerce dans la baie comme à Sainte-Marie, concerne les « horita» (espèce de seiches). Etienne de Flacourt le mentionne dans son Histoire. « On en pêche beaucoup sur ces côtes. On les fait boucaner, on en charge les pirogues et on les porte dans le Sud jusqu’à Tamatave où les habitants en sont friands. »

 Legentil décrit les pirogues qui sont de deux sortes. Les unes sont d’un seul tronc, plus ou moins gros, qu’ils creusent par le feu avant de le façonner par les deux bouts. « J’en ai vu de fort grandes dans lesquelles on avait pu tenir de 15 à 20 personnes fort à l’aise, et qui auraient été capables de porter un tonneau. » Quand elles sont bien faites, elles se comportent assez bien sur l’eau et « vont avec la vitesse d’un trait ».

 D’autres sont faites en planches et beaucoup plus grandes puisqu’elles peuvent porter de quatre à cinq tonneaux. « Il entre sept planches dans leur construction. Celle du fond est la moins large, elle sert pour ainsi dire de quille. Les six autres sont posées au-dessus de celle-ci, trois de chaque côté.» Toutes ces planches sont reliées par des écorces. On met dans les coutures une étoupe, également d’écorce, qu’on enfonce avec un couteau, le tout sans brai ni goudron.

 D’après Froberville, les deux sortes de pirogues ont moins de largeur à l’avant, « de sorte qu’elles sont précisément le contraire de nos vaisseaux et bateaux plus larges de lavant que de l’arrière ». Il a la certitude que ces pirogues bien armées- surtout celles d’une seule pièce- « gagneront toujours de vitesse nos meilleurs canots», mais « elles ne sont point faites pour aller en pleine mer ».

 Il conclut en citant à nouveau Legentil qui met en exergue le grand effort des Malgaches pour réaliser une pirogue. D’autant qu’ils n’ont pour tout outil qu’une petite hache, ignorant l’usage de la scie. D’abord, ils équarrissent le tronc, puis le partagent en deux solides parties avec la même hache. Cela fait, ils travaillent la solive et la réduisent jusqu’à l’épaisseur voulue.

 Le même travail est entrepris sur les planches, au maximum deux par tronc d’arbre à moins que celui-ci ne soit très gros. En général, pour faire une pirogue, ils utilisent cinq arbres. « Ces embarcations ne coulent jamais, même si elles se remplissent d’eau », sauf si elles sont chargées. Et ils continuent de pagayer pour gagner la terre comme ils peuvent.

Notes du Passé

L’Express

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