Dadafara : "P’tit coin de parapluie"

Publié le par Alain GYRE

Dadafara : "P’tit coin de parapluie"

02/04/12 |  Métiers

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Réparateur de parapluies depuis trois décennies, Dadafara n’est jamais aussi heureux que lorsque le ciel se couvre de menaçants nuages. Sa référence ? Gene Kelly dans «Chantons sous la pluie». Son credo ultime : après moi le déluge !

 

 

 

Pleuvra ? Pleuvra pas ? Tout occupé à mesurer la fuite des nuages par-dessus les toits  en ce jour grisaillant de mars, on reconnaît en Dadafara - Haja Andrianarivo de son vrai nom - un réparateur de parapluies. Installé depuis trois décennies à Analakely, c’est un peu lui qui fait la pluie et le beau temps chez les marchands de pébroques. Un vétéran d’autant plus respecté qu’il peut s’enorgueillir d’être à la quatrième génération d’une dynastie entièrement dévouée au parapluie et à sa variante des beaux jours, le parasol. « Mon arrière-grand-père faisait l’admiration de son entourage avec ses grands parapluies rouge fabriqués comme au temps  des rois. Dommage qu’on ne prenne plus le temps d’en faire d’aussi beaux, aujourd’hui », soupire-t-il.

 

Originaire de Tamatave, il a tout naturellement appris à rafistoler les parapluies pendant les vacances scolaires, histoire de se faire un peu d’argent de poche en aidant ses parents. « J’ai retapé mon premier parapluie en 1976 », lance-t-il tout songeur. Pour autant, Dadafara n’a jamais eu la vocation. À l’époque, il se voyait plutôt milliardaire ou quelque chose comme ça… Le genre de mec plein aux as que dès qu’il pleut, trente-six parapluies s’ouvrent pour lui ! Rêve toujours, déjà qu’il n’a pas assez d’argent pour aller jusqu’au bac…

 

Mauvaise fortune bon cœur, il monte à Tana et devient , loueur de pavillons à Analakely. Métier prenant mais du tout enrichissant en raison de l’âpre concurrence qu’on se livre sur le trottoir. « Finalement, j’ai compris que j’avais un atout et un seul : je sais réparer les parapluies et ce n’est pas donné à tout le monde. » Et c’est un Dadafara revenu à de meilleurs sentiments qui accepte enfin de reprendre le flambeau familial. « Sûr qu’on ne devient pas milliardaire en retapant les parapluies, mais au moins on trouve toujours quelque chose à faire bouillir  dans la marmite », estime-t-il philosophe.

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Les jours de pluie sont une bénédiction pour lui. Avec quelle frénésie voit-il le ciel se couvrir de gros nuages noirs, prêts à se déverser sur la ville comme autant de cornes d’abondance ! Et pour cause, par temps mouillé il peut faire jusqu’à douze réparations par jour : chacune facturée entre 200 et 5 000 ariary selon le travail à effectuer. En hiver, en revanche, c’est un peu la misère : temps imperturbablement sec, sa petite entreprise souffre le martyre. Dadafara doit alors se tourner vers sa seconde occupation : le parasol en bois, en prévision des beaux jours. Source de revenus non négligeable, un parasol fabriqué en trois jours peut lui rapporter un bénéfice de 20 000 ariary. « Avec la flambée du coût des matières premières, mes marges n’arrêtent pas de fondre, mais c’est toujours mieux que rien », relève-t-il. D’ailleurs, tout n’est pas si sombre dans la vie. La preuve, un superbe cumulonimbus, bien noir et bien dodu, est en train de se profiler au-dessus d’Analakely… Et celui-là, Dadafara le sent juteux à souhait.

 

 

Ben

(article publié dans no comment magazine n°27 - Avril 2012 ©no comment éditions)

 

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Publié dans Revue de presse

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